La formation des cabinets ministériels, ou comment recruter la garde rapprochée des ministres

(by Martine Maelschalck, Senior Advisor – Whyte Corporate Affairs)

Après une décennie à ne pouvoir placer qu’une poignée de ministres au fédéral, le MR, évincé des majorités régionales depuis 2004, s’est trouvé subitement confronté à un problème de luxe : où trouver de nouveaux ministres ? Et, plus complexe encore sur le plan numérique : comment remplir les cabinets ministériels d’attachés et de conseillers dévoués à la cause ?

Première étape : choisir les ministres. C’est la prérogative du président de parti et, dans le cas du MR depuis 2014, du Premier ministre. Pour désigner les membres d’une équipe qui ne sera aux manettes que pendant quelque 18 mois, les deux dirigeants libéraux n’ont pas voulu prendre de risques. Ils ont misé sur des valeurs sûres, quitte à ce que les heureux élus – 3 hommes sur 4, quinquas, austères – soient jugés peu glamour par l’opinion publique. Un mouvement amorcé l’an dernier, avec la nomination de François Bellot en remplacement de Jacqueline Galant. Sexagénaire, spécialiste des transports, ingénieur civil et diplômé de la prestigieuse ENA française, le ministre de la Mobilité devait rassurer par son profil de technocrate compétent. Que cette « grosse tête » soit restée aussi longtemps dans un relatif anonymat au sein de son parti, est d’ailleurs un mystère.

Pour le nouveau casting wallon, le MR a donc décidé de donner sa chance à une génération qui attendait son heure depuis plus de dix ans et qui a bien failli passer à la trappe en raison de la longue cure d’opposition du MR dans les Régions. En 2014, la nomination des ministres MR au gouvernement fédéral reflétait tant le désir de récompenser quelques fidèles grognards que celui de doser savamment les régions d’origine des nouveaux ministres, tout en tenant compte des courants qui traversent le MR (micheliens, reyndersiens, chrétiens du MCC…). Mais la crise de la gouvernance est passée par là. Et, avec elle, la méfiance grandissante de l’électeur à l’égard du politique. Pas question de se tromper : l’heure n’était pas aux coups médiatiques, aux néophytes, aux vedettes de la société civile. Surtout pour une mini-législature de 18 mois.

Les nouveaux ministres ont en commun d’être des personnalités qui ont déjà fait leurs preuves, qui ont rôdé leur connaissance des dossiers sur les bancs de l’opposition et qui ont démontré leur engagement au fil des années. C’est le cas du ministre-président Willy Borsus, un fidèle parmi les fidèles du clan Michel, ou de Valérie De Bue (Pouvoirs locaux, Logement, Infrastructures sportives), elle aussi « michelienne » convaincue. Mais désormais deux « reyndersiens » purs et durs, Pierre-Yves Jeholet (Economie, Emploi, Formation) et Jean-Luc Crucke (Budget, Energie, Aéroports), de surcroit régionalistes convaincus, ont accédé aux plus hautes marches du podium. Il est vrai qu’il aurait été délicat de les laisser de côté alors qu’ils ont assuré pendant 3 ans leur job de « pitbulls » dans l’opposition au Parlement wallon.

Un petit miracle

Deuxième étape : les cabinets ministériels. Au total, pour les quatre ministres MR du gouvernement wallon, c’est quelque 200 personnes qu’il va falloir engager, du chauffeur au directeur de cabinet, en passant par le responsable de la communication. A l’état-major du parti, c’est le branle-bas de combat. Comment réaliser ce petit miracle de constituer, à partir de rien et en quelques semaines – à la fin des grandes vacances, les cabinets devront être en ordre de marche – une équipe complète et opérationnelle ?

Paradoxalement, la difficulté n’est pas de trouver suffisamment de candidats : depuis que l’on sait que le MR revient aux affaires en Wallonie, les candidatures spontanées pleuvent au siège du parti et on fait chauffer les carnets d’adresses. Car un parti politique doit être toujours prêt à sauter dans le train en marche : les candidatures et les bons profils sont examinés tout au long de la législature et tenus à jour dans une base de données. C’est particulièrement important pour les profils de management : les chefs de cabinet, les responsables de projet… « Quand le noyau dur du cabinet est constitué, la dynamique se crée et on est étonné de voir comme le reste de l’équipe se forme rapidement », nous explique un fin connaisseur de ces processus.

Les compétences que l’on recherche pour les membres du « premier cercle » autour du ministre ? Un mélange d’expertise et de sens politique, conjugué – c’est un aspect qu’il ne faut pas négliger –, avec des compétences managériales. Il en faut, pour diriger et motiver une équipe de profils d’origines diverses et qui n’ont forcément jamais travaillé ensemble. Une bonne compréhension des processus de décision politiques est également un atout, surtout quand il ne reste que 18 mois pour engranger des résultats. C’est une des raisons pour lesquelles les ministres engagent finalement peu de gens venant directement du privé. Comment faire passer des assessments, comme dans les entreprises, alors qu’il n’y a pas de profil de fonction déterminé ?

D’une manière générale, les qualités exigées d’un membre de cabinet sont identiques quelles que soient les matières traitées : force de travail, disponibilité, capacité d’adaptation. Il n’est pas rare qu’un conseiller découvre le matin un dossier qu’il devra aller défendre le soir-même en réunion inter-cabinets.

Au moment de constituer le staff des cabinets, deux viviers seront particulièrement exploités : le recrutement interne et l’appel aux fonctionnaires. En interne, on va puiser parmi les attachés des groupes parlementaires, qui voient comme une promotion de « monter » dans un cabinet ministériel. Les fonctionnaires ont généralement l’expertise nécessaire. Encore faut-il qu’ils aient l’envie de plonger dans le tourbillon d’un gouvernement. Et qu’il y ait suffisamment de fonctionnaires étiquetés MR, ce qui n’est pas le cas à tous les niveaux de pouvoir. Car qui dit exclusion du pouvoir dit aussi extinction progressive des relais dans l’administration. Et les candidatures spontanées ? Elles sont surtout utiles pour les fonctions plus ‘junior’. Et justement, nous sommes en pleines vacances scolaires et de nombreux étudiants qui viennent de terminer leurs études en profitent pour envoyer leur CV.

Si le ministre a son mot à dire sur toute nomination au sein de son cabinet, il se repose généralement sur sa garde rapprochée pour constituer le reste de l’équipe. L’image des quatre ou cinq pionniers (le chef de cabinet, son adjoint, le secrétaire de cabinet qui fait office de DRH, le directeur de la communication…) errant dans des bureaux vides et téléphonant tous azimuts pour recruter un conseiller ou une réceptionniste n’a rien d’une caricature. Tous les « cabinettards » expérimentés vous parleront de ces quelques semaines de folie.

Dès la mi-août, les entourages seront constitués et le travail va véritablement (re)commencer. Désormais, tous ceux qui, au MR, pensaient à un portefeuille ministériel le matin en se rasant, ont obtenu satisfaction. Et des personnalités influentes satisfaites, pour un parti, c’est tout bénéfice à 18 mois des élections.