Opinion: Bruxelles-Wallonie, des gouvernements pour 2 ans

La rupture des majorités en place en Wallonie et à Bruxelles peut entraîner la conclusion de nouveaux accords de majorité ou signifier la léthargie des institutions régionales jusqu’en juin 2019. Tour d’horizon des certitudes et des probabilités, et de leurs impacts pour le monde de l’entreprise.

  1. TIMING

    La rentrée politique de septembre est critique : sans gouvernement installé, la rupture annoncée aura du plomb dans l’aile. La crise politique tendrait à s’installer durablement. On serait en ‘affaires courantes’ jusque 2019, les réformes engagées (aides à l’emploi, fiscalité) seraient à l’arrêt. Les négociateurs ont peu de temps pour faire œuvre utile.
    En octobre 17, les derniers budgets en année pleine (2018) seront votés. C’est la dernière réelle occasion d’imprimer des changements concrets, il reste quelques semaines à peine.
    Il ne faut pas exclure que l’électrochoc ne provoque des mouvements plus amples de la tectonique des plaques, dissidences, rassemblements, voire la transformation du paysage avec émergence de nouveaux partis.

  2. CASTING

    Les formations politiques associées aux futures majorités présenteront des nouvelles personnalités. Elles le feront par choix – pour incarner le renouveau de la vie politique ? Elles pourraient le faire aussi par nécessité pour écarter des personnalités qui ne présenteraient pas toutes les garanties de probité.
    En réponse aux scandales politiques, le décumul des fonctions apparaît comme la mesure incontournable. Des hommes forts (Paul Magnette, Maxime Prévot, Benoît Lutgen, Jean-Luc Crucke…) devront faire leur choix, avec les communales de 2018 en perspective.
    Enfin, les compétences seront redistribuées au sein des nouveaux gouvernements, plus ou moins largement. Cela signifie que pour certains dossiers, les interlocuteurs vont changer et qu’il faudra reprendre le travail d’information et de conviction déjà réalisé avec l’équipe précédente.

  3. TROPHEE

    Vu le très peu de temps disponible, chaque parti, chaque ministre se concentrera sur un nombre très restreint d’objectifs. Quels que soient les nouveaux attelages, on peut supposer que chaque formation politique négociera d’entrée de jeu. La partition sera écrite et les marges de manœuvres ou de renégociation seront réduites.
    Compte tenu des réformes engagées, de l’actualité, des forces en présence, les ingrédients sont prévisibles : gouvernance, éthique, participation des citoyens (urbanisme), mobilité, rationalisation des outils économiques, assurance-autonomie, pacte d’excellence pour l’enseignement, chacun va vouloir son trophée pour se présenter devant l’électeur avec un bilan.
    Il sera donc essentiel d’identifier et de sensibiliser rapidement les interlocuteurs-clés de chaque parti, ainsi que surveiller l’évolution de très près, pour éviter d’être pris de court par une décision éclair.

  4. RUPTURES

    Dans le style et les pratiques, les nouveaux ministres nommés mettront sans doute un point d’honneur à casser les codes. La manière de communiquer, de recevoir, de rencontrer, d’agir changera, au moins en apparence.
    La faiblesse des marges budgétaires et le peu de temps disponible concentreront l’action sur des symboles. Catalyseur de la mauvaise gouvernance, la lourde structure institutionnelle francophone (régions, Fédération Wallonie-Bruxelles, Cocof, para-régionaux, para-communaux, provinces) devrait subir un écrémage substantiel. Région et commune se renforceront comme pôles de la décision politique.

  5. CONTINUUM

    Spécificité régionale, le calendrier électoral est figé. Sauf le jeu des suppléances, les parlementaires restent en place. En cas de crise prolongée, le parlement pourrait même jouer un rôle tampon pour parer au plus urgent (budgets provisoires, organisation de la rentrée scolaire, prolongation des fréquences radios, etc.)
    Les administrations régionales restent évidemment en place mais la forte politisation de ses cadres (majoritairement PS) pourrait avoir un impact négatif sur le traitement de certains dossiers.
    Pendant ce temps, le gouvernement fédéral devrait tenir son cap jusqu’à l’été 19. L’asymétrie (l’opposition fédérale francophone formait en partie les majorités régionales) devrait s’estomper en partie, contribuant ainsi à apaiser les relations et les tensions entourant la politique budgétaire et certaines réformes à fort impact social.